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POURQUOI LES RH SONT-ILS MAL AIMÉS ?

Updated: Jun 7, 2023

Une convocation dans le bureau des RH : voilà de quoi donner des sueurs froides à bon nombre de salariés. Parfois perçus comme des exécutants dociles au service de la direction, les RH peuvent faire l'objet d’une certaine méfiance. Parmi les griefs qui leur sont régulièrement adressés, on retrouve le manque de transparence, d’écoute et de communication. En 2017, 84% des femmes et 79% des hommes interrogés considéraient que “les ressources humaines ne sont plus si humaines”, selon une étude réalisée par le média spécialisé QAPA news. Entre le personnel et le service en charge des ressources humaines, l’écart semble se creuser. Pourtant, ces critiques ne datent pas d’hier. En 2012, 37% des salariés reprochaient aux RH “leur manque de proximité et, surtout, de prise en compte de l'humain dans l'entreprise", résumait le journal L’Express, en se basant sur un sondage élaboré par l'organisme de formation Cegos. A tel point que ces reproches sont parfois qualifiés de “RH bashing”.



Une fonction complexe et paradoxale

Pour comprendre la défiance persistante envers les RH, il faut se pencher sur la complexité de ce poste, au carrefour des instructions des dirigeants et des attentes des salariés. Les RH constituent un partenaire stratégique de la direction d’une entreprise. Leur activité quotidienne doit prendre en compte les objectifs de développement et les nouvelles orientations. Il peut s’agir par exemple d’opérations de fusion, d’acquisition ou de plan de restructuration. Mais la fonction de RH ne se limite pas à cela. Il faut prendre en compte la gestion des congés, la rédaction de contrats, mener des entretiens, gérer les affiliations en fonction des mutuelles, les sorties de collaborateurs... Ce constat est confirmé par les RH eux-mêmes. En 2019, un sondage réalisé par l’Institut Cegos montrait que 76% des DRH et RRH estimaient que leur rôle était devenu “plus stratégique” au cours des cinq dernières années.


La proximité des RH avec la direction est perçue d’un mauvais œil par les collaborateurs. En 2017, 84% des salariés (femmes) et 82% des salariés (hommes), interrogés par Qapa news, estimaient que “les DRH sont davantage au service de la direction” que des employés. Ces derniers sont enclins à considérer les DRH comme le bras armé des dirigeants, prêts à défendre leurs intérêts. Si l’autonomie dont dispose le service des ressources humaines dépend en réalité de l’organisation de chaque pôle, le lien hiérarchique qui relie la direction aux RH implique nécessairement une fonction d'exécution. Licenciement, négociations salariales ou encore application des mesures disciplinaires : les RH disposent d’une marge de manœuvre limitée par les consignes établies par l’instance de direction.



Le champ d’action des RH est aussi encadré par des obligations législatives. Ces professionnels doivent non seulement avoir des connaissances en matière de législation du travail, mais aussi être en mesure d’appliquer ces règles dans l’exercice de leur activité auprès du personnel. Cette nécessité implique de s’adapter aux évolutions de la loi. En 2019, pour 31% des DRH et RRH, la mise en œuvre des obligations et des évolutions légales faisait partie de leurs enjeux prioritaires. De quoi nourrir les reproches adressés par certains salariés, qui considèrent ce service comme une entité bureaucratique distante, ayant pour seule préoccupation les formalités administratives.


Difficultés et emploi du temps surchargé

Ces impératifs pèsent sur l’emploi du temps des RH. 84% d’entre-eux se déclarent sur-sollicités, indique le baromètre réalisé en 2022 par les Editions Tissot et PayFit, auprès de 713 professionnels du secteur. Un chiffre en hausse de 9 points, depuis l’année 2021. La distance entre les RH et les salariés s’explique notamment par une relative méconnaissance des fonctions liées à ce poste. Au quotidien, les tâches qui incombent aux RH sont multiples : réalisation des démarches administratives, encadrement du recrutement, des carrières et des départs, mise en œuvre des procédures disciplinaires, traitement des demandes des collaborateurs, gestion des imprévus urgents… Gérer cette sollicitation permanente, sans se disperser, n’est pas toujours aisé. Une charge de travail qui pousse certains RH à opter pour le multitasking, quitte à perdre en efficacité.


Majoritaires dans le secteur des ressources humaines, les femmes peuvent être doublement impactées. A cette charge de travail professionnelle s’ajoute souvent la charge mentale à laquelle elles sont confrontées au sein de leur propre foyer. Un rythme effréné, qui n’est pas sans impact sur la santé. Selon le baromètre des Editions Tissot et Payfit, 82 % des RH se déclarent “proches de l’épuisement”. Un paradoxe, pour ces professionnels chargés notamment d’accompagner les salariés confrontés au burn-out. Leurs aspirations initiales - liées à la dimension humaine et sociale - peuvent se retrouver mises à mal face à la réalité du terrain. Ce décalage peut être à l’origine de difficultés à se projeter sur le long terme dans ce secteur professionnel. 66 % des RH déclarent vouloir toujours exercer ce métier dans 10 ans, une chute de six points en 5 ans.



De nouvelles attentes sociétales

Loin d’être anecdotique, le rôle des RH est pourtant déterminant dans la prise en compte des risques psychosociaux, des nouvelles attentes des salariés et dans l’amélioration des conditions de travail. La posture “d’intermédiaire” des RH peut ainsi offrir la possibilité de prendre de la hauteur sur les activités de l’entreprise. De fait, les enjeux liés à la fonction RH dépassent la seule gestion des ressources humaines. Selon l’enquête menée par le CEGOS en 2019, 78% des salariés de moins de 30 ans disent que leur DRH accompagne les évolutions sociétales, telles que l’égalité professionnelle femmes/hommes ou encore la lutte contre les discriminations. A cela s’ajoute l’implication possible des RH dans la prise en compte des préoccupations relatives à la RSE et dans l’impulsion de mesures concrètes en faveur du développement durable. Autant de sujets qui peuvent permettre de réinjecter du sens dans une profession qui demeure essentielle au sein des organisations.


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